Un panier de crabes sur la frontière !


Il y a de cela déjà vingt ans, j’avais donné une conférence à Genève, dans le cadre de l’Agedri. Le sujet en était les zones franches. La conférence terminée, elle continuait avec quelques auditeurs qui m’approchèrent pour me féliciter… et aussi, et surtout, pour me demander conseil. Je me souviens en particulier du responsable d’une grande entreprise en travaux publics qui était en train de construire le site d’Archamp, d’un directeur d’une grande surface suisse de distribution qui s’était installée en France et qui, un matin avait vu ses locaux investis par la douane… et de quelques autres encore, qui venaient chercher les munitions dont manquaient leurs conseils juridiques pour affronter les tracasseries de la douane française. Car ces gens n’étaient pas là pour l’intérêt de Genève et de sa région, ils étaient là pour leurs seuls intérêts, ils venaient chercher ce qui pourrait leur servir dans leurs transactions avec la douane française. Parmi eux, il était un auditeur que j’avais jugé particulièrement attentif durant mon exposé et qui restait silencieux. Quand tous furent partis, il m’approcha, se présenta comme l’ancien maire d’une commune de Haute-Savoie voisine de Genève, me félicita pour mon exposé, mais me fit remarquer qu’il était un sujet que je n’avais pas abordé : celui des fonds frontaliers. Selon lui l’obtention de ces fonds était directement liée aux zones franches ! Il m’expliqua que les municipalités des communes que couvraient les petites zones franches avaient, après la guerre, démissionnée afin de voir rétablir leurs droits. « Nous avons usé trois préfets ! » Me dit-il, «  Ils nous disaient que nous étions indignes d’être Français, mais nous avons tenu bon et finalement nous avons obtenu de percevoir directement les fonds frontaliers en compensation de la perte de nos avantages zoniens ».
Je ne doute pas de la véracité de cette histoire, mais ces braves Savoyards, qui avaient si durement obtenu ces fonds en sacrifiant leurs droits, se doutaient-ils qu’ils atteindraient un jour des sommes vertigineuses ? Qu’ils leur échapperaient ? Et que des partis politiques français s’en empareraient pour distribuer des prébendes à leurs affidés?
C’est aussi cela les « valeurs républicaines »… Un panier de crabes sur la frontière !

ARTICLE TIRE DU SITE CONSULAT DE SAVOIE