La leçon italienne de politique citoyenne européenne


Politici al mare Cittadini al voto… La leçon italienne de politique citoyenne européenne

Edito

Écrit par Marianne Ranke-Cormier
21-06-2011

Politici al mare Cittadini al voto… La leçon italienne de politique citoyenne européenne: mener les combats, non pas vers le pouvoir mais vers le succès.
L’Italie s’ouvre comme une fenêtre sur l’Europe…

Weekend de la Pentecôte, il fait beau, profitez des ces quelques jours, alors, voter? moi? moi je serai à la plage avait déclaré Silvio… (POLITICI AL MARE CITTADINI AL VOTO). La vague dans la quelle il s’est étouffé doit lui avoir laissé un goût bien salé dans la bouche. Peut-être devrait-on le remercier, sa désinvolture et son constant déni des valeurs de la démocratie ont sans doute une fois de plus écœuré le citoyen italien qui est finalement allé voter avant d’aller se baigner…

Quelques chiffres:
Plus de un million sept cents mille signatures pour demander la mise en place du référendum.
Qui dit que l’engagement politique ne concerne pas tout le monde?
57% de participation, un quorum dépassé de 6 points! Il y a de quoi exulter pour les citoyens italiens.
Qui dit que la politique n’est plus attirante?
95% de NON au projet de la privatisation de l’eau, au retour au nucléaire, et aux nouvelles lois d’amnistie pour Berlusconi. Une écrasante majorité qui s’exprime dans le même sens.
Qui dit que ces questions relèvent obligatoirement de la fracture droite/gauche et qu’il ne peut y avoir consensus sur les questions transversales, sociales, économiques et écologiques?

Des résultats qui s’affichent mieux que des élections politique locales, régionales, nationales. Oh! analysés certes comme une nouvelle gifle pour Berlusconi, mais surtout, surtout pour l’ensemble de la nomenclature des partis politiques italiens, littéralement sous le choc, qui déjà s’entredéchirent sur le cadavre encore chaud de la gouvernance italienne. Soufflés par une initiative citoyenne qu’ils ont tenté de combattre, à laquelle certains ont tenté de se rallier ou de récupérer sans succès, parce que la politique italienne, tout comme la politique en Espagne, en France, ne se joue plus dans les palais, sous les diorures des plafonds et entre les boiseries anciennes, elle a repris la rue et les espaces vides de l’internet. Pourquoi croyez-vous toutes ces tentatives de régulation de l’internet, contrôles, espionnage, harcèlement, cyber-attaques, infiltrations… le lourd silence des médias et le déploiement des rangées de soldats dans les capitales européennes.
D’ailleurs au lendemain de ce succès, les tentatives de récupération partisanes ne se sont pas faites attendre, au grand dam des militants de la plateforme « Acqua pubblica – acqua bene comune.org » pour le référendum les fêtes post-référendaires organisées par les partis vont à l’encontre de l’idée même de la campagne durant laquelle a été banni de toute démonstration drapeau, pancarte, badges, tout objet ostensible d’obédience partitique. « Ils n’ont rien compris » s’énerve l’une des militantes de Paris, « ce ne sont ni la droite ni la gauche qui ont gagné, mais le peuple, et le peuple ne se reconnait pas dans ces partis. »

L’un des enseignements de cette « victoire » c’est qu’elle ne porte pas le « pouvoir ».
Les Italiens ont démontré avec force que la société civile était politiquement engagée et responsable. Initié il y a un moins d’un an l’initiative pour un référendum public sur l’eau en Italie a remporté coup sur coup différents succès. Tout d’abord celui de la mobilisation citoyenne « a-partitique » et « a-médiatique », car rappelons-le en dehors des blogs internet, des médias sociaux sur internet et de mouvements locaux sur le terrain, la nomenclature politico-médiatique de tous bords et à tous étages n’avaient aucun intérêt à soutenir une telle action citoyenne et tout fait pour étouffer dans l’œuf le projet citoyen.
Etant « a-partitique » et « a-médiatique », elle du coup rassemblé toute une mouvance jeune, le premier consommateur e-media, qui prenait ainsi un véritable bain de démocratisation (loin des shows berlusconiens qui les avaient bercés depuis leur plus tendre enfance): où qu’il soit dans le monde tout italien « expat » branché facebook, tweeter, était concerné. Au bout de quelques mois, et avec une forte mobilisation dans les rues, flash-mob, journées sur l’eau, journée de la femme, sur les forums, réseaux sociaux, faisant appel non pas à des élus mais à des experts pour venir soutenir des actions ponctuelles d’informations, plus de un million sept-cents mille signatures avaient été récoltées, ce qui dépassait de loin la limite de 500 mille signatures requises.
C’est avec la même détermination que les mois qui viennent de passer ont porté le quorum d’une part et le vote d’autre part. C’est un plébiscite et pire que tout c’est une reniement des instances politiques italiennes et de la course au pouvoir.

L’autre enseignement est celui de la dimension européenne à laquelle nous sommes tous maintenant rattachés.
Non seulement parce que des personnalités des différentes mouvances européennes de défense des services publics, biens communs, et de l’Eau se sont déclarées solidaires de l’action du mouvement italien, comme par exemple la veille du référendum la présidente de « Eau de Paris », Anne Le Strat, en Une des Presses italiennes auprès des militants de Acqua pubblica, mais aussi parce que le champ de bataille était européen, que ce soit un Beppe Grillo venu battre campagne auprès des expats italiens en Europe (cf en France les deux conférences co-organisées avec le NewropMag), ou encore des ressortissants italiens alertant le public européen de ce qui se passe en Italie par une activité constante sous forme de manifestations, conférences, flash-mob… Et enfin parce que les retombées sont indubitablement européennes.
Les résultats du vote référendaire italien tout d’abord concernent tous les ressortissants italiens établis dans nos différents pays. Le référendum sur l’Eau bien commun, service publique, relance la réflexion générale des services publics en Europe et de la gestion des biens communs. Le vote sur le nucléaire renforce la décision du gouvernement allemand de sortit du nucléaire en 203O, tout comme des autres états membres ayant opté pour cette voie, et remet donc en cause l’option française du tout nucléaire, elle portera les citoyens des autres états-membres à oser des choix politiques en 2012 qui verront se renverser les forces traditionnelles aux pouvoir et elle portera également les dirigeants politiques européens à s’interroger sur l’opportunité, l’encadrement et l’investissement dans le domaine de l’énergie en Europe. Ce débat est fondamental, car nous ne pouvons d’un côté avoir ceux qui décident d’arrêter et le voisin qui sera de fait le principal pourvoyeur d’énergie, cette question concerne tous les européens. (c’est d’ailleurs un débat qui ser abordé lors de notre congrès de travail réuni les 2 et 3 juillet à Paris: Six réformes clé pour une gouvernance démocratique de l’Euroland).

Il reste aux Italiens maintenant de pouvoir entamer une autre réforme, la réforme électorale. L’ère de Berslusconi tire à sa fin, certes, mais il reste encore tous ces autres politiciens, formatés à la Berlusconi, ou à la mafia. Les partis italiens ne sont plus représentatifs, cela tient tant du fait que l’ensemble des élus italiens trempent dans les mêmes pots de vin que de la vacuité à pouvoir imaginer d’autres voies que celles toutes tracées des carcans « partitiques » pour mener les combats, non pas vers le pouvoir mais vers le succès.

Vous trouvez vous aussi que cela ressemble à une situation que nous connaissons tous en Europe et au niveau européen. Alors rejoignez-nous, la démocratisation est urgente elle ne peut se faire sans réformes: les 2 ety3 juillet nous vous porposons d’y travailler en premier petit comité*.
Marianne Ranke-Cormier