La flexi-sécurité : un concept bien français, inutile et diviseur


Enfin ! Le voilà cet accord que d’aucuns annoncent déjà comme « historique » et qui doit marquer d’une pierre blanche le quinquennat de François Hollande et l’action du gouvernement Ayrault pour relancer une économie française bien mal en point. Mais que contient cet accord ? Un allègement des charges pour les salariés et les employeurs ? Un assouplissement des contraintes administratives pour les entreprises ? Pas vraiment.
L’adoption de la loi, dite sur la « Flexisécurité », se base sur un modèle original scandinave, ayant fait ses preuves et servant dorénavant de cadre unique d’harmonisation légale européenne en la matière. Les accords préalables ne sont pas nouveaux et reposent sur celui de janvier 2008 dit, de modernisation du marché du travail, initié sous l’équipe du président Sarkozy. D’ailleurs le Ministre français du Travail actuel, Michel Sapin avait voté en 2008 la réforme constitutionnelle permettant la ratification du traité de Lisbonne. Il est vrai que cet européiste et atlantiste convaincu ne va pas à l’encontre de ses conceptions politiques personnelles. Pierre Moscovici, le Ministre de l’Economie, quand à lui avait eu la pudeur de s’abstenir. Mais les deux hommes très proches du groupe Bilderberg, se retrouvent régulièrement au sein du Club Le Siècle, dans lequel on croise la plupart des responsables syndicaux et les dirigeants des principales entreprises française. Une coïncidence certainement.

Comme on le voit le projet n’est nullement politique et son application ne dépend pas d’un programme distinct entre la droite ou la gauche. Bien au contraire. Ces directives sont imposées par Bruxelles qui réclame à la France d’accélérer les réformes, autrement dit de procéder à de plus grands sacrifices encore.
Que le marché du travail français ait besoin d’être dégrippé ou même qu’il est besoin d’une bouffée d’oxygène, c’est une évidence, compte tenu du marasme actuel et du chômage pléthorique. Mais en quoi l’application d’un modèle étranger devrait réussir mieux qu’une solution à la française, pensée et réfléchie à la française et surtout adaptée à son économie ? Ce modèle vanté par les politiques de gauche comme de droite, est sensé être « la » solution unique pour tous les systèmes économiques européens. Il présente certes une meilleure couverture chômage et facilite également le renvoi ou la suspension des salariés en fonction de l’activité des entreprises. A première vue, un avantage pour les salariés comme pour les entreprises. Sauf qu‘en France les salaires n’ont pas augmenté depuis très longtemps. Alors être mieux couverts avec des clopinettes, on ne voit plus trop l’intérêt. En revanche, les entreprises, elles, pourront débaucher plus facilement qu’elles ne recrutent, alors qu’elles n’embauchent plus à cause des charges et des taxes diverses.

Bien sûr, nous faisons ici référence à celles qui payent des impôts et des taxes en France, c’est-à-dire les TPE et PME qui sont le véritable poumon de la société française et qui n’ont pas été consultées ou représentées, lors de ces accords entre pseudo partenaires sociaux. Contrairement aux entreprises du CAC 40 qui sont les véritables gagnants dans cette affaire. Une législation unique qui n’empêchera pas les multinationales de déménager plus facilement leurs activités, en fonction du coût du travail local et de continuer de jouer ainsi sur les salaires de certains pays au détriment des autres.

Mais le véritable scandale en fait, est de savoir qui en définitive a été consulté ? Et surtout qui a décidé pour les millions d’entreprises ou de salariés concernés ? Plus aucune décision, en France comme dans le reste de l’Union Européenne, n’est prise en fonction d’une réelle concertation ou d’une enquête préalable auprès des populations pour identifier les priorités et s’assurer de la nécessité des mesures à envisager. On ne sait jamais qui a défini à l’origine le projet, le plus souvent un obscur cabinet non élu, donc non représentatif et fatalement coupé des réalités populaires.
Alors qui décide ? Des syndicalistes permanents, que leurs fonctions administratives déconnectent d’un monde du travail qu’ils ne représentent plus réellement.
Des dirigeants de lobbies financiers et industriels qui dictent les grandes lignes à de hauts fonctionnaires en accord avec les intérêts de leurs conseils d’administration. Enfin des députés, le plus souvent fonctionnaires ou issus d’activités libérales dont une récente étude, si elle est exacte, démontrerait que plus de 60 % détiendraient des comptes dans des paradis fiscaux.

Pendant ce temps là, la société civile se divise autour de question comme le mariage traditionnel et les nombreux scandales qui secouent la classe politique sans vraiment la faire vaciller. Toujours la même stratégie de détournement d’un système qui dissipe les énergies au lieu de les cristalliser. Les partis politiques français abusent le peuple, un coup à droite, un coup à gauche, mais partagent en réalité la même idéologie. Celle qui fait de ce continent historique, non plus une puissance définie, mais un simple marché à ciel ouvert soumis aux intérêts de tous, sauf des européens. La France a certes besoin d’aménagements pour faciliter les conditions propices à une reprise de son activité économique. Mais les mesures prises à l’assemblée nationale, et dictées par Bruxelles, ne semblent être réalisées que dans le but d’œuvrer, non pas à l’harmonisation entre les peuples européens, mais pour le grand bond en avant du marché commun transatlantique. Le modèle unique démontre tous les jours un peu plus son aspect totalitaire et économiquement incapacitant. C’est l’unique destin que l’on souhaite imposer aux européens puisque tout doit s’harmoniser, bref se ressembler.